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5.3.1 Contraintes

Contraintes liées au processus

Certaines des critiques de la SRP concernent l’établissement du processus. Il y a tout d’abord des contraintes internes implicites à de vastes organisations telles que la Banque Mondiale et le FMI. Un certain temps est nécessaire avant que chacun comprenne et internalise le concept.

Les instruments de la Banque et du Fonds (entre autres la CAS, la FRPC) sont censés être complètement alignés sur la SRP. Cependant, dans la pratique actuelle, leurs propres directives et règles les restreignent considérablement. Par exemple, la CAS ne semble pas entièrement alignée sur le concept de SRP. Les versions préliminaires ne sont souvent ni publiées ni discutées avec la société civile, ce qui rend impossible à la société civile d’influencer la CAS.

Le Crédit d’Aide à la Réduction de la Pauvreté (CARP) a pour but de faciliter la mise en œuvre des objectifs de développement national du DSRP, visant à assurer que les objectifs de réduction de la pauvreté du pays sont pris en ligne de compte. En réalité, cependant, les DSRP ne sont pas très bien alignés. Certain critiquent le fait que le processus est fortement contraint par les donateurs ; certes, il est fort probable que les programmes macroéconomiques du FMI façonnent ceux du DSRP et non l’inverse. Les pays écrivant un DSRP font partie des plus pauvres du monde et ne sont en mesure d’avoir une influence majeure ni sur les politiques mondiales ni sur les décisions des IFI. En fait, c’est aux IFI que revient la décision finale d’agréer ou non un DSRP. Dans de nombreux pays, la motivation clé pour ouvrir un processus de SRP n’est pas la réduction de la pauvreté mais plutôt l'accession à la réduction de dettes et aux crédits. Le financement des projets planifiés pose aussi un problème. En général, les fonds et les crédits délivrés par la Banque Mondiale et le FMI ne sont pas suffisants pour financer la totalité du budget nécessaire à la mise en œuvre du DSRP. Néanmoins, le lien existant entre SRP et réduction de dettes renforce le pouvoir des IFI, ce qui n’accorde pas aux pays en voie de développement une grande flexibilité pour mettre en œuvre leurs propres programmes.

Contenu

De nombreux auteurs constatent que, sur le même thème, les CARP (et indirectement le DSRP) ne représentent pas un réel changement par rapport aux anciens PAS. Un pays peut s’entendre avec les IFI pour poursuivre la focalisation des programmes d’ajustement sur des questions macroéconomiques, entre autres l’inflation, la croissance, la privatisation, l’efficience des marchés et l’investissement dans les ressources humaines. Dans ce cas, l’autocensure intervient, conduisant le pays à répondre aux attentes des IFI plutôt qu’à insister sur ses propres programmes spécifiques. Un autre problème est que les IFI et les pays indiquent que l’objectif des DSRP est de soutenir « une croissance favorable aux pauvres », même s’il n’existe aucune définition satisfaisante de cette formule clé. 

Il n’est par conséquent pas surprenant que les “nouveaux” programmes d’ajustement ne répondent pas aux besoins des plus pauvres. Très souvent, la pauvreté est définie en termes de revenus, excluant par là d’autres facteurs tels que le manque de pouvoir. La Banque Mondiale a développé une technique d’Analyse de l’Impact Social de la Pauvreté (Poverty Social Impact Analysis - PSIA) qui analyse l’impact des réformes macroéconomiques sur les pauvres, mais n’a jusqu’à présent que rarement appliqué cette méthode.

En fait, les DSRP de pays très différents tendent à être semblables, ce qui indique l’absence d'une appropriation et d’une participation réelles. La société civile participe rarement à la discussion des questions macroéconomiques. Par conséquent, “la participation active” ne concerne généralement que les “questions douces” classiques telles que la santé, la protection sociale et l’éducation. Une solution est d’établir des liens avec les universités locales ou de faire appel à un professionnel pour les sujets économiques spécialisés (voir le chapitre 4 : Bangladesh). 

Participation inadéquate

La qualité de la participation est un sujet inquiétant, car le processus participatif lui-même et les participants peuvent avoir une forte influence sur la réussite de la mise en œuvre du DSRP.

L’idée de la participation de la société civile dans le concept de la SRP est basée sur une  conception occidentale des états nations et de la démocratie. Il peut être difficile de l’adapter à des pays dont l’histoire politique et la structure sociale sont complètement différentes.

Un autre problème au sein du processus de SRP est le manque d’accès à l’information : souvent le processus est opaque et difficile à comprendre. Par exemple, le DSRP et les documents pertinents peuvent n’être disponibles qu’en anglais et non dans les langues locales.

Normalement, le gouvernement ou les services responsables décident de qui participe au processus de SRP. Ceci peut mener à l’exclusion d’acteurs pertinents, même s’ils sont déjà politiquement engagés, tels que les parlements ou les syndicats. La sélection des participants n’est pas nécessairement faite en fonction de leur légitimité et de leur représentativité. Un autre défi concerne la structure et l’organisation des événements participatifs. Trop souvent, leur préparation et leur mise en œuvre sont insuffisantes : par exemple, les invitations n’arrivent la plupart du temps qu’à brève échéance alors que les documents de préparation sont soit envoyés peu de temps avant l’atelier, lorsqu’ils le sont. Le fait que le temps consacré à la préparation du DSRP, en dépit du fait qu’une participation adéquate exige du temps, est un grave problème structurel. Tous ces facteurs ont pour effet une médiocre qualité du processus. Cependant, même si la participation est adéquate et adaptée, cela ne signifie pas forcément que le document final inclut les apports de la société civile. Spranger et Wolf résument cette expérience comme suit : “Je participe, tu participes, il/elle participe, nous participons, vous participez et ILS décident” (Spranger et Wolf, 2003, p. 56).

Comme expliqué ci-dessus, les IFI n’ont pas défini ni établi de normes pour la participation ; ce manque contribue certainement aussi à la qualité généralement médiocre. En fait, jusqu’à présent, la participation a, la plupart du temps, pris la forme de consultations. Les IFI et la société civile (via les ONG) commentent ce fait d’une manière complètement différente : les IFI affirment que l’influence de la société civile est haute, alors que les ONG ressentent exactement le contraire.

La moindre qualité de la participation n’est pas seulement due aux donateurs et aux gouvernements, mais aussi à la société civile elle-même. Souvent les moyens financiers, la connaissance de la coopération internationale et/ou l’insuffisante quantité de personnel qualifié limitent les capacités et par conséquent la participation active de la société civile.

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